Reportages

André Gorz, libérateur sorti de l’ombre

Le samedi 22 septembre 2007, un fait divers défraie la chronique : un intellectuel âgé de quatre-vingt quatre ans et se femme se donnent la mort dans leur maison à Vosnon, un petit village du Pays d’Othe, refusant de mourir l’un sans l’autre. Tandis que les chaines de télévision et de radio française et étrangères lui rendent hommage, pour la plupart des habitants de l’Aube, c’est un inconnu qui meurt à côté de chez eux. Sous le nom d’André Gorz se cache pourtant l’un des penseurs les plus stimulants du XXème siècle : philosophe, journaliste engagé, critique économique, penseur de l’autonomie et pionnier de l’écologie politique en France et auteur d’une magnifique lettre d’amour au crépuscule de sa vie.

Un penseur multiple …

Disciple de Jean-Paul Sartre, André Gorz est avant tout philosophe

Né en Autriche en 1923 sous le nom de Gerhart Hirsch, sa jeunesse est difficile : il s’applique en vain à correspondre aux attentes contradictoires de son père juif et de sa mère, catholique et antisémite, qui voudrait faire de lui un homme viril et germanique.
Devenu adulte, il distrait son mal-être par la philosophie et la littérature. Il est profondément marqué par la langue française et sa rencontre avec Jean-Paul Sartre. La pensée d’André Gorz est imprégné de l’existentialisme jusqu’à la fin de son œuvre. C’est l’existentialisme et sa rencontre avec Dorine qui lui permettront de résoudre ses troubles de jeunesse.

André Gorz, journaliste et cofondateur du Nouvel Observateur

Peu de temps après son installation en France, André Gorz devient journaliste. Il accumule beaucoup de connaissances, d’abord en économie puis dans de nombreuses disciplines. Il écrit pour de nombreux journaux dont L’express, Le Sauvage, le magazine Que choisir ou encore la revue Les temps Modernes (dont il intégrera le comité de direction). Il contribue à fonder Le nouvel Observateur en 1964 qu’il quitte près de vingt ans plus tard après avoir été progressivement mis à l’écart.

Pionnier de l’écologie politique

Dès les années 1970, André Gorz s’intéresse à l’écologie. Aux normes de dépollutions, taxes carbones, ou autres mesures venues du haut, André Gorz leur préfère une écologie politique : pour lui, la défense de la nature passe par une meilleure compréhension de notre vie, de nos actes et du fonctionnement de notre société.

Il veut réduire la sphère marchande dans nos vies et développer les activités autonomes en tout genre (artistiques, productions artisanales, jardinage, bricolage, etc.). Il prône la création d’ateliers et de services publics dans tous les villages et dans tous les quartiers, l’utilisation de techniques ouvertes (que chacun peut maîtriser) et bien d’autres choses.

Économiste

Alors qu’il n’a pas de formation universitaire, on confie rapidement à André Gorz le soin d’écrire puis de diriger la rubrique économie des Temps Modernes. Il apporte un regard nouveau, et questionne le sens de l’économie. André Gorz est une des rares personnalités à avoir annoncé la crise financière de 2008.

L’impression que l’économie jouit d’une grande abondance de liquidité […] est due en réalité à une croissance vertigineuse des dettes de toutes sortes. […] Dernière en date, la bulle immobilière […] a fait augmenter la « valeur » de l’immobilier du monde industrialisé de 20 à 60 billions de dollars en trois ans.
Chaque bulle finit tôt ou tard par éclater et par transformer en dette les actifs financiers sans base réelle figurant au bilan des banques.

Écologica (article de 2007), André Gorz

L’auteur d’une magnifique lettre d’amour

Son livre le plus célèbre est néanmoins une lettre d’amour, Lettre à D. Cette lettre témoigne à la fois de la sensibilité d’André Gorz et de sa fragilité.

La nuit je vois parfois la silhouette d’un homme qui, sur une route vide et dans un paysage désert, marche derrière un corbillard. Je suis cet homme. C’est toi que le corbillard emporte. Je ne veux pas assister à ta crémation ; je ne veux pas recevoir un bocal avec tes cendres. […] je me réveille. Je guette ton souffle, ma main t’effleure. Nous aimerions chacun ne pas avoir à survivre à la mort de l’autre.

Lettre à D., André Gorz

Contrairement aux histoires d’amour habituelles, celle-ci n’est pas l’amour impossible de deux beaux jeunes amants. L’amour qui unissait André et Dorine a été cultivé au fil du temps, dans les petits moments du quotidien. C’est leur attachement qui a permis à André Gorz de s’ouvrir aux autres.

Il ne parvenait pas à s’imaginer la vie l’un sans l’autre et ont alors préféré mourir ensemble. Ils s’éteignirent paisiblement.

Un penseur qui résonne aujourd’hui plus que jamais !

Voilà plus de dix ans que le penseur est mort mais sa pensée reste vivante.

Depuis 2007, pas moins de dix ouvrages sont sortis sur André Gorz. Il est régulièrement cité dans certains médias comme France Culture ou Le Monde Diplomatique, certaines revues lui consacrent des numéros entier (Ecorev’, Politis).

C’est dans cette mouvance que notre film, Lettre à G. – Repenser la société avec André Gorz, s’inscrit.

Lettre à G. - Un film sur André Gorz

Lettre à G. – un film sur les idées d’André Gorz réalisé par des habitants du Pays d’Othe

Avec trois amis d’enfance originaire du coin, la pensée d’André Gorz nous a saisi et nous avons décidé de consacré plusieurs années de notre vie à réaliser un documentaire-fiction.

Manon, 26 ans, rejoint sa maison familiale à Vosnon, dans la campagne auboise, pour prendre ses distances avec Paris où elle a fait ses études. Diplômée et sans emploi pérenne, le sort de la précarité l’étouffe.
Elle se promène dans le village de son enfance lorsqu’elle croise un camion de télévision allemande devant une maison voisine. Elle apprend par hasard qu’un penseur majeur de l’écologie politique y a vécu vingt ans et passé ses derniers moments : André Gorz.
Manon se décide à enquêter sur ce mystérieux philosophe dont personne ne lui a jamais parlé. Elle lit ses livres, s’intéresse à sa vie, et s’en trouve bouleversée dans ses choix de vie quotidiens.
Sous la forme d’une lettre imaginaire, un dialogue se noue entre Manon et André Gorz autour de la décroissance, du travail, du revenu universel et de l’autonomie. Manon découvre ce penseur et déchiffre la société dans laquelle elle évolue.

Synopsis du film Lettre à G.

Consultez le site andregorz.fr pour en savoir plus sur notre film, tourné en grande partie dans la région.
Sachez que vous pouvez également acquérir un DVD du film pendant votre séjour dans notre région auprès de chacun des bureaux d’informations touristiques (à Aix-en-Othe, Ervy-le-Châtel et Chaource) ou à Troyes, à la librairie Les passeurs de textes (dans laquelle André Gorz se rendait chaque semaine).

Pierre-Jean Perrin,
Co-auteur du film Lettre à G.
et co-développeur du site internet de l’office de tourisme (Média Bouquetin)


En lien avec le reportage

  • Visiter
  • Artistes
  • Se divertir